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HISTOLA ; Histoire de la RDC. Une date. Un évènement. Une mémoire
Le 21 septembre 1965, alors que des localités du Nord-Katanga, notamment Kitengetenge et Lengwe, sont menacées par des éléments rebelles, une autre réalité militaire se dessine dans l’Est du Congo : la région de Beni – Mutwanga – Kasindi, dans l’actuel Nord-Kivu, se trouve elle aussi au cœur des mouvements insurrectionnels qui traversent le pays depuis 1964. Les deux théâtres ne constituent pas un seul champ de bataille, mais ils s’inscrivent dans la même période de crise politico-militaire qui fragilise profondément le jeune État congolais.
À Kasindi, une frontière devenue stratégique. Des documents historiques consacrés au Congo de 1965 signalent que des rebelles ayant trouvé refuge en Ouganda apparaissaient sporadiquement à Kasindi, poste-frontière situé au sud-est de Beni. La proximité avec l’Ouganda donnait à cette région une importance particulière : les autorités congolaises cherchaient alors à contrôler les frontières afin de limiter les mouvements d’hommes, d’armes et de combattants. Un document diplomatique américain de février 1965 rapporte d’ailleurs des affrontements impliquant des rebelles congolais dans les secteurs de Mahagi et Kasindi, ainsi que des incursions de forces ougandaises dans la zone frontalière.

Le front de Kasindi se reconstitue en 1965. Une archive photographique publiée à partir d’un document datant de la fin de 1965 fait explicitement référence aux « combattants du front de Kasindi » et à des armes prises à l’Armée nationale congolaise. La notice associée indique qu’un premier maquis avait été constitué dès novembre-décembre 1964 dans la région de Kasindi, avant qu’un nouveau front ne soit reconstitué en septembre-octobre 1965 dans la région Beni–Mutwanga–Kasindi, à la frontière avec l’Ouganda. Cette source cite notamment Albert Kisonga, Jeanson Umba et d’autres responsables de cette réorganisation.
Une même crise, plusieurs fronts. Au milieu de l’année 1965, les forces gouvernementales doivent ainsi faire face à différents foyers de rébellion dans l’Est et le centre du Congo. Un ouvrage consacré aux documents politiques du Congo de 1965 décrit une situation encore instable dans le Nord-Kivu, avec des menaces pesant sur Beni depuis l’Ituri et depuis l’Ouganda, par la route de Kasindi. Le même document souligne alors l’importance stratégique du « bouclage » des frontières, notamment avec l’Ouganda, pour empêcher les communications et les mouvements liés à la rébellion.

De Kongolo à Kasindi, une République encore en guerre. Le 21 septembre 1965, l’actualité militaire du Nord-Katanga rappelle donc que la crise congolaise est loin d’être terminée. Au Nord-Katanga, l’occupation temporaire de Kitengetenge et Lengwe provoque la panique parmi les populations locales avant l’intervention de l’Armée nationale congolaise. Dans le même temps, à des centaines de kilomètres plus à l’est, le secteur Beni- Mutwanga – Kasindi demeure exposé aux mouvements rebelles et aux tensions transfrontalières.
Kasindi, témoin d’une histoire nationale. Plus de six décennies plus tard, cette séquence rappelle que Kasindi n’a pas toujours été uniquement un poste commercial et frontalier. Dès les premières années de l’indépendance, sa position géographique en faisait un espace stratégique dans les rapports entre le Congo et l’Ouganda. L’histoire du front de Kasindi en 1965 constitue ainsi une page importante de l’histoire locale du territoire de Beni, mais aussi de l’histoire nationale des rébellions qui ont profondément marqué la jeune République congolaise.
Sources : Le Monde.fr, AbeBooks, Réseau Voltaire et Musée Royal de l’Afrique Centrale
Par PAUL ZAÏDI & Archives de la RDC