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Un phénomène inhabituel suscite de nombreuses inquiétudes. Dans plusieurs quartiers de la cité frontalière de Kasindi-Lubiriha, notamment Majengo, Centre et Muvingi, des enfants âgés de 11 à 15 ans sont régulièrement aperçus dans les bars, terrasses et cafétérias en train de vendre divers produits considérés comme stimulants sexuels. Plateaux sur les épaules, ces mineurs sillonnent les lieux de détente en proposant du gingembre (Tangausi), de la noix de cola, du Ngongolio, du Kita Mata, du Mukausa ou encore du Murondo. Ces produits sont généralement présentés aux clients comme des remèdes traditionnels destinés à améliorer le bien-être et la vitalité des consommateurs.
Le plus préoccupant, selon plusieurs témoignages recueillis sur place, est que ces enfants maîtrisent déjà le discours commercial lié à ces substances. Les adultes qui les emploient leur expliqueraient les propriétés supposées de chaque produit afin qu’ils puissent renseigner et convaincre les clients.
« Ça fait trois ans que je vends ces produits traditionnels. Chaque jour, ma mère m’explique leur utilisation et, à mon tour, je renseigne les clients. Moi, je n’en ai jamais consommé », témoigne un garçon de 11 ans rencontré dans une cafétéria située sur l’avenue de l’Église, dans le quartier Centre de Lubiriha.
Les incohérences sociales
Pour plusieurs juristes contactés par TAARIFA RDC, cette situation soulève de sérieuses préoccupations en matière de protection de l’enfance. Ils estiment que l’implication de mineurs dans ce type d’activités commerciales est susceptible d’affecter leur éducation et leur développement, surtout lorsque ces activités se déroulent dans des environnements fréquentés par des adultes.

La situation est d’autant plus préoccupante que plusieurs de ces enfants ne fréquenteraient pas régulièrement l’école. Quant aux jeunes filles impliquées dans ce commerce, elles évoluent dans des lieux où la consommation d’alcool est fréquente, ce qui les expose à diverses formes de vulnérabilité. Du côté des consommateurs, certains reconnaissent recourir régulièrement à ces produits traditionnels.
Les tenants et les aboutissants de ce phénomène
Un homme de 36 ans rencontré à Kasindi affirme en consommer de temps à autre et estime que plusieurs habitants de la cité y ont également recours dans le cadre de pratiques traditionnelles transmises de génération en génération. Pendant ce temps, le phénomène continue de se développer sans véritable encadrement. Contacté par notre rédaction, un officier de la Police nationale congolaise ayant requis l’anonymat reconnaît l’existence de cette réalité qu’il qualifie de préoccupante. Il affirme qu’un travail de suivi est en cours afin d’identifier les personnes impliquées dans l’exploitation des mineurs à travers ce commerce.
Face à cette situation, plusieurs acteurs de la société civile appellent les autorités locales, les services de protection de l’enfance ainsi que les parents à prendre des mesures appropriées afin de protéger les enfants et de garantir leur accès à l’éducation ainsi qu’à un environnement favorable à leur épanouissement.
Paul Zaïdi