Nord-Kivu : 595 jours de Somo Kakule, entre autorité de l’État, projets structurants et quête de paix

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Au 15 septembre 2026, le général-major Évariste Somo Kakule totalise 595 jours depuis sa nomination comme gouverneur militaire du Nord-Kivu, le 28 janvier 2025. Il a pris les commandes d’une province profondément éprouvée par les conflits, les déplacements de populations et la fragilité des infrastructures. Depuis son arrivée, son action cherche à articuler trois impératifs : restaurer l’autorité de l’État, maintenir l’ordre public et créer les conditions d’une reprise du développement, avec une attention particulière accordée à Beni, Butembo et aux territoires du Grand Nord.

La sécurité comme socle de l’action provinciale

La restauration de l’autorité de l’État demeure au cœur de cette gouvernance. En juin 2026, Somo Kakule a repris officiellement la conduite des opérations militaires au Nord-Kivu, renforçant son implication directe dans le dispositif sécuritaire provincial. Cette responsabilité intervient dans un contexte où les FARDC poursuivent leurs opérations contre les groupes armés, notamment dans la région de Beni. En parallèle, la coopération sécuritaire avec l’Ouganda se poursuit dans le cadre de l’opération Shujaa, destinée notamment à combattre les ADF. Y compris l’action gouvernementale via les efforts de guerre pour stopper l’aventure du mouvement de l’AFC-M23.

Des infrastructures pour accompagner la stabilisation

L’un des marqueurs de cette gouvernance est l’accent mis sur les infrastructures. Parmi les projets structurants figurent la modernisation des voiries de Beni et Butembo, ainsi qu’un vaste programme provincial de construction ou de réhabilitation de 100 ponts dans plusieurs zones du Nord-Kivu. Mais le chantier avance dans un contexte de contraintes financières et climatiques : en juin 2026, Radio Okapi rapportait que le financement insuffisant ralentissait notamment les travaux routiers et la construction de près d’une centaine de ponts.

Le pont Semuliki, un chantier à forte portée économique

Le pont Semuliki, situé sur l’axe stratégique Beni-Kasindi, constitue l’un des projets emblématiques de cette période. Après les difficultés rencontrées sur cet ouvrage, les autorités provinciales ont engagé des démarches pour sa réhabilitation, avant sa réouverture officielle en mai 2025. Pour une région dont une partie importante des échanges commerciaux passe par l’axe Beni-Kasindi, cet ouvrage représente un enjeu à la fois économique, sécuritaire et logistique.

Mavivi, Kigoma et les grands chantiers aéroportuaires

Autre chantier phare : la modernisation de l’aéroport de Mavivi, près de Beni. Les travaux ont été lancés au début du mandat de Somo Kakule et portent notamment sur la modernisation des infrastructures aéroportuaires. Le gouvernorat a également mis en avant le projet de l’aéroport de Kigoma à Walikale. En décembre 2025, lors d’une visite du ministre des Infrastructures et Travaux publics, ces projets figuraient parmi les grands chantiers présentés comme nécessitant l’accompagnement du gouvernement central.

FEC, ACCAD et secteur privé mobilisés

Somo Kakule mise également sur le partenariat avec les opérateurs économiques. La Fédération des entreprises du Congo (FEC), l’Association congolaise des commissionnaires agréés en douane (ACCAD) et d’autres acteurs privés ont été associés à des initiatives destinées à soutenir les infrastructures et la relance économique. Cette approche traduit une volonté de faire du secteur privé un partenaire de la reconstruction, notamment dans les villes de Beni et Butembo, où les besoins en voirie et en équipements restent considérables.

La paix au-delà des opérations militaires

La stabilisation du Nord-Kivu ne repose cependant pas uniquement sur les opérations armées. En avril 2025, les projets MUDA wa Amani II et RESET ont été lancés à Beni avec l’appui des acteurs de la consolidation de la paix. MUDA wa Amani II vise notamment à renforcer la cohésion sociale et la paix dans plusieurs territoires du Nord-Kivu, tandis que RESET s’inscrit dans une approche de stabilisation communautaire. Ces initiatives complètent l’action sécuritaire en s’attaquant aux facteurs sociaux qui alimentent les tensions.

595 jours : le bilan reste à écrire

Après 595 jours à la tête du Nord-Kivu, le bilan de Somo Kakule reste nécessairement contrasté. Ses partisans mettent en avant les chantiers d’infrastructures, les partenariats économiques, la coopération sécuritaire et l’ouverture au dialogue avec les différentes composantes de la société. Ses détracteurs, eux, soulignent que la persistance de l’insécurité impose encore des résultats plus visibles sur le terrain. Dans ce contexte, la véritable mesure de son action ne réside ni dans les déclarations ni dans le nombre de projets annoncés, mais dans leur achèvement effectif, leur impact sur la vie quotidienne et leur capacité à rapprocher durablement la population de l’État. Pour Somo Kakule, les 595 jours écoulés apparaissent ainsi moins comme un bilan définitif que comme une étape : restaurer la sécurité, achever les infrastructures engagées et transformer les partenariats économiques et sécuritaires en résultats durables pour les habitants du Nord-Kivu.

Par PAUL ZAÏDI Journaliste d’investigation

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