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L’eau potable ne peut plus être considérée comme une question secondaire dans les deux grandes villes du Nord-Kivu
Dans les rues de Butembo comme dans celles de Beni, une question revient avec insistance dans les ménages : quand l’eau reviendra-t-elle dans nos robinets ? Depuis le début de l’année 2026, de nombreux habitants font état de difficultés persistantes d’approvisionnement en eau potable. Des robinets qui restent secs, des familles obligées de parcourir des distances à la recherche de cette denrée essentielle et des dépenses supplémentaires pour se procurer quelques bidons d’eau : le quotidien devient particulièrement difficile pour une partie de la population.
Le problème dépasse désormais la simple question du confort domestique. L’absence d’eau potable touche directement l’hygiène, l’assainissement, la santé publique, les écoles, les établissements sanitaires et la dignité des ménages.
Une urgence qui mérite une réponse collective
Face à cette situation, la REGIDESO est naturellement au centre des préoccupations. L’entreprise publique chargée de la distribution d’eau doit pouvoir expliquer à la population les difficultés qui affectent la desserte et les solutions envisagées pour rétablir durablement l’approvisionnement.
Mais il serait également injuste de laisser la REGIDESO seule face à une problématique qui dépasse probablement ses seules capacités opérationnelles.
Les autorités publiques, les partenaires techniques et financiers, les organisations humanitaires et les acteurs du secteur de l’eau doivent se mobiliser.
Le Nord-Kivu connaît depuis plusieurs années de nombreuses crises humanitaires. Les interventions ont souvent porté sur la santé, la protection, l’alimentation, l’éducation et l’assainissement.
Mais il faut le rappeler avec force :
«Il n’y a pas d’hygiène sans eau. Il n’y a pas d’assainissement efficace sans eau. Et la prévention de nombreuses maladies passe nécessairement par l’accès à une eau potable suffisante.»
Humanitaires, l’eau aussi est une urgence !
Notre appel s’adresse particulièrement aux organisations humanitaires présentes à Butembo, Beni et dans leurs environs.
Ne regardons pas uniquement l’urgence sous l’angle des déplacements de populations ou des conflits. Regardons aussi l’eau.
Un appui à la REGIDESO pourrait notamment contribuer à la réhabilitation des infrastructures, au renouvellement des équipements, au renforcement des capacités de production et de stockage, ainsi qu’à l’amélioration des réseaux de distribution.
Il ne s’agit pas simplement de distribuer ponctuellement quelques litres d’eau à des familles vulnérables. L’enjeu est de contribuer à une solution durable permettant aux villes de disposer d’un véritable service public de l’eau.
Et les factures dans tout cela ?
Une autre question mérite d’être posée sereinement : celle de la facturation.
La REGIDESO a naturellement vocation à recouvrer les sommes correspondant au service d’eau fourni. Mais lorsque l’approvisionnement devient irrégulier ou inexistant dans certains quartiers, les consommateurs souhaitent légitimement comprendre les modalités de facturation appliquées à leur égard.
La population ne demande pas nécessairement la gratuité. Elle demande surtout de la transparence, de la communication et un service à la hauteur des factures qui lui sont présentées.
Un dialogue régulier entre la REGIDESO et ses abonnés permettrait certainement d’éviter les frustrations et de restaurer la confiance.
Le paradoxe d’une région riche en eau
Le plus grand paradoxe demeure peut-être celui-ci : comment des villes situées dans une région réputée riche en ressources hydriques peuvent-elles connaître une telle difficulté d’accès à l’eau potable ?
La présence de ressources hydriques ne suffit évidemment pas. Il faut des infrastructures, des investissements, de l’énergie, de la maintenance, une gestion efficace et des moyens financiers.
C’est précisément pourquoi la question de l’eau doit désormais être placée au cœur des priorités de développement de Butembo et de Beni.
Vivement l’eau !
Ce cri n’est pas celui d’un individu. C’est celui de nombreux habitants qui veulent simplement retrouver un service essentiel à leur vie quotidienne.
Aux autorités : faites de l’eau potable une priorité.
À la REGIDESO : dites-nous ce qui se passe et quelles solutions sont envisagées.
Aux humanitaires et partenaires au développement : l’eau aussi mérite votre attention.
Aux citoyens : faisons de cette question une priorité collective.
Butembo et Beni n’ont pas seulement besoin de routes, d’électricité, d’assainissement ou de sécurité.
Nos villes ont soif.
Et lorsqu’une population réclame de l’eau, il ne faut pas attendre que la soif devienne une crise sanitaire pour agir.
Vivement l’eau dans les robinets de Butembo et de Beni !
Par Fabien Robert Soko Tunave