Carlyto Lassa : de « Maya » à l’Évangile, la voix d’une génération s’est tue

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Il y a des voix qui ne disparaissent jamais tout à fait. Elles restent suspendues dans les sillons des vieux vinyles, dans les souvenirs des mélomanes et dans ces refrains que plusieurs générations continuent de fredonner. Carlyto Lassa, l’une des voix emblématiques de la musique congolaise, appartient désormais à cette catégorie. L’artiste et pasteur est décédé ce 31 août 2026 à Cincinnati, aux États-Unis, à l’âge de 65 ans, selon plusieurs sources concordantes.

Pour beaucoup, le nom de Carlyto Lassa reste indissociable de « Maya », la célèbre composition de Lutumba Simaro enregistrée en 1984 avec le TP OK Jazz. Sa voix douce, reconnaissable entre mille, donne à cette chanson une dimension particulière. Dans « Maya », Simaro raconte la douleur d’un homme abandonné par sa compagne, mais Carlyto transforme cette peine en une mélodie lumineuse, portée par la richesse de la rumba congolaise. Le titre deviendra l’un des morceaux les plus mémorables de cette époque et contribuera largement à installer Carlyto dans la mémoire collective des mélomanes.

La carrière du chanteur ne s’est toutefois pas limitée à ce succès. Carlyto Lassa a évolué dans plusieurs grandes formations de la musique congolaise, notamment Choc Stars, où il a côtoyé certaines des grandes voix de la scène musicale de l’époque. Il participe ainsi à cette période particulièrement féconde de la rumba zaïroise, lorsque les orchestres de Kinshasa rivalisent de créativité, de cuivres, de guitares et surtout de voix. À travers ses interprétations, Carlyto impose un style vocal qui privilégie la douceur, l’émotion et la narration.

Puis vient le grand tournant. Au début des années 2000, Carlyto Lassa décide de quitter progressivement l’univers de la musique profane pour consacrer son talent à la musique chrétienne. Le chanteur devient pasteur, évangéliste et chantre. Des œuvres comme « Makolo ya Massiya » et l’album « La Reconnaissance » témoignent de cette nouvelle orientation. En juin 2026, quelques semaines avant sa disparition, il confiait encore à Radio Okapi que sa voix était désormais consacrée à la gloire de Dieu.

Ainsi s’achève le parcours d’un artiste qui aura traversé plusieurs époques de la musique congolaise. De la rumba de Lutumba Simaro aux scènes de Choc Stars, puis des chansons populaires aux chants de louange, Carlyto Lassa aura changé de répertoire sans jamais renoncer à l’essentiel : faire parler sa voix. Aujourd’hui, « Maya » résonne comme un morceau d’histoire, mais aussi comme la signature d’un artiste dont le destin aura été celui d’une voix passée de l’amour terrestre à la foi. Une voix qui, désormais, appartient au patrimoine musical congolais.

Par PAUL ZAÏDI

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