RDC : plus de six décennies de dialogues politiques, pourquoi les crises persistent-elles ?

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Depuis son indépendance, le 30 juin 1960, la République démocratique du Congo a régulièrement eu recours aux conférences, dialogues, concertations et accords politiques pour tenter de sortir des crises qui secouent le pays. De la Conférence nationale souveraine des années 1990 au Dialogue intercongolais de 2001-2003, en passant par l’Accord de Lusaka, les Concertations nationales de 2013 et l’Accord de la Saint-Sylvestre de 2016, le dialogue politique s’est progressivement imposé comme un instrument récurrent de gestion des crises congolaises. Selon les méthodes de comptabilisation, ces différents processus et accords sont aujourd’hui largement supérieurs à une quinzaine.

Ces initiatives ont parfois produit des résultats importants. Organisé dans le contexte de la deuxième guerre du Congo, le Dialogue intercongolais a réuni les principales composantes politiques et militaires du pays et contribué à la mise en place d’une transition qui a débouché sur les premières élections générales de 2006. L’Accord global et inclusif signé à Pretoria en décembre 2002 demeure l’un des compromis politiques majeurs issus de cette période. Mais derrière ces avancées, une constante apparaît : les négociations ont souvent permis de contenir ou de résoudre une crise immédiate sans pour autant s’attaquer durablement aux causes structurelles de l’instabilité.

Le scénario s’est reproduit au fil des années. Après la guerre du M23, les Concertations nationales de 2013 ont cherché à favoriser la cohésion nationale et à répondre aux défis sécuritaires et politiques. Quelques années plus tard, la crise née de la fin du deuxième et dernier mandat constitutionnel de Joseph Kabila a conduit à de nouvelles négociations. Le dialogue de la Cité de l’Union africaine, puis les discussions menées sous la médiation de l’Église catholique, ont abouti à l’Accord de la Saint-Sylvestre de décembre 2016, destiné à organiser une transition politique et à ouvrir la voie aux élections. Ces épisodes illustrent les limites d’un système dans lequel le compromis politique négocié entre les élites intervient souvent lorsque les institutions ordinaires ne parviennent plus à arbitrer les désaccords.

En 2026, le pays s’engage une nouvelle fois sur cette voie. Le président Félix-Antoine Tshisekedi a annoncé la tenue d’un dialogue national consacré notamment à la paix, à la cohésion nationale et à la refondation de l’État. Le processus devrait être précédé de consultations dans les provinces avant l’organisation des assises nationales. Le chef de l’État affirme vouloir rompre avec les pratiques des précédents dialogues, souvent perçus comme des espaces de partage de responsabilités entre acteurs politiques, en mettant davantage l’accent sur la participation citoyenne et les préoccupations de la population.

Reste toutefois la question essentielle

Pourquoi les crises persistent-elles malgré cette longue succession de dialogues ? Le problème semble moins résider dans l’absence de négociations que dans la faiblesse des mécanismes permettant de traduire leurs résolutions en actes. Au fil des décennies, la RDC a accumulé une véritable expérience en matière de compromis politiques, mais peine encore à garantir le suivi, l’exécution et l’évaluation des engagements pris. Le véritable enjeu du dialogue de 2026 ne sera donc pas seulement de parvenir à réunir les Congolais autour d’une même table. Il sera surtout de créer les conditions institutionnelles et politiques permettant d’éviter que cette table ne devienne, une fois de plus, le lieu où l’on revient après chaque nouvelle crise.

Par RUTH NGALULA

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