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À chaque cycle électoral, le même scénario se répète dans la commune frontalière de Kasindi. Les permanences des partis politiques, les fondations et les clubs de soutien aux acteurs politiques fleurissent soudainement le long des principales artères de la cité. Les façades se parent de banderoles, de calicots et de portraits géants des candidats ou de leurs autorités morales. Les discours se multiplient, les promesses abondent et les responsables politiques deviennent subitement proches d’une population qu’ils avaient pourtant longtemps ignorée.
À l’approche des élections législatives, provinciales et présidentielle, Kasindi se transforme en véritable théâtre politique. Les matinées politiques s’enchaînent, les campagnes de proximité se multiplient, les visites de porte à porte deviennent quotidiennes et les idéologies des partis sont présentées comme des solutions à tous les problèmes de la population.
Les leaders politiques investissent les églises, les marchés, les parkings de transport en commun, les débits de boissons, les fumoirs et les quartiers populaires. Tout devient un espace de campagne. Les habitants sont sollicités de toutes parts pour adhérer à un parti ou soutenir un candidat.
Pour convaincre, certains n’hésitent pas à distribuer du sel, des pagnes, de la farine, voire des semences agricoles. Pourtant, cette générosité de circonstance contraste avec une réalité douloureuse : une grande partie des terres agricoles de la région demeure difficilement accessible en raison de l’insécurité provoquée par les combattants des ADF et d’autres groupes armés. Les promesses de développement semblent alors déconnectées des véritables préoccupations des populations.

Le changement de comportement de certains acteurs politiques est tout aussi frappant. Ceux qui, en temps normal, circulaient dans des véhicules aux vitres teintées, presque invisibles aux yeux de la population, deviennent soudainement accessibles. Les vitres sont baissées, les poignées de main se multiplient, les sourires apparaissent et les bains de foule deviennent une routine. Les responsables des associations, des mutualités et des groupes communautaires profitent alors de cette proximité retrouvée pour présenter leurs doléances, tandis que les candidats sollicitent leur soutien en échange de multiples engagements.
Mais une fois les élections terminées, le décor change brutalement
Lorsque les résultats sont proclamés par la Commission électorale nationale indépendante (CENI), les permanences ferment progressivement leurs portes. Les projets initiés pendant la campagne sont abandonnés, les promesses s’évaporent et les militants sont souvent livrés à eux-mêmes. Certaines permanences politiques sont transformées en boutiques, en salons de coiffure ou en d’autres activités commerciales, comme si la politique n’avait été qu’une activité saisonnière.
Seuls quelques partis dont les candidats ont obtenu des sièges ou appartiennent au camp présidentiel maintiennent tant bien que mal leurs activités. Même parmi eux, plusieurs connaissent des difficultés de fonctionnement, faute de moyens financiers ou de soutien de leurs responsables.
Aujourd’hui, de la rivière Lubiriha jusqu’à la frontière de Kasindi, moins de cinq permanences politiques restent véritablement actives. Parmi celles qui continuent d’exister figurent notamment celles du BUREC de Julien Paluku Kahongya, de l’AVRP de Muhindo Nzangi Butondo, du RCD-KML d’Antipas Mbusa Nyamwisi, tandis que la permanence de l’UDPS, parti du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, fonctionnerait avec de nombreuses difficultés, notamment liées au financement de son fonctionnement quotidien.

Cette réalité interroge profondément sur la conception même de l’engagement politique dans notre pays. Un parti politique est-il uniquement destiné à rechercher des voix pendant les campagnes électorales ? Ou doit-il constituer une véritable école de démocratie, de formation citoyenne et de dialogue permanent avec la population ?
Dans une démocratie digne de ce nom, un parti politique ne devrait jamais disparaître entre deux scrutins. Il devrait accompagner les citoyens, défendre leurs intérêts, suivre les engagements pris devant les électeurs, proposer des solutions aux problèmes locaux et rendre régulièrement compte de son action.
La population de Kasindi mérite mieux que des visites opportunistes, des promesses de campagne et des distributions ponctuelles de biens de consommation. Elle attend des dirigeants présents en permanence, capables d’accompagner le développement local, de défendre la sécurité, de soutenir l’emploi des jeunes et d’améliorer les conditions de vie de tous.

L’avenir de notre démocratie dépendra moins du nombre de partis politiques que de leur capacité à demeurer proches des citoyens, non seulement pendant les élections, mais surtout entre deux scrutins. C’est à ce prix que la confiance entre les élus et les électeurs pourra être restaurée et que la politique retrouvera son véritable sens : servir durablement l’intérêt général plutôt que les seules ambitions électorales.
Par PAUL ZAÏDI