Analyse politique – Nord-Kivu : le « peuple d’abord » à l’épreuve des querelles politiques

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Au Nord-Kivu, la bataille politique vient désormais se superposer à une guerre qui n’a que trop duré. La demande de départ du gouverneur militaire Évariste Somo Kakule, portée par plusieurs fédérations de l’UDPS, ouvre une controverse qui dépasse la personne du chef de l’exécutif provincial. Elle renvoie à une question plus fondamentale pour le pouvoir de Kinshasa : que reste-t-il du principe du « peuple d’abord » lorsque les rivalités politiques semblent occuper le devant de la scène, dans une province où l’urgence demeure d’abord sécuritaire et humanitaire ?

Le droit de critiquer une autorité publique ne saurait être remis en cause. Dans un État de droit, un gouverneur militaire comme toute autre autorité doit pouvoir être interpellé, évalué et, le cas échéant, sanctionné lorsque des faits établis le justifient. Mais la question centrale est celle de la méthode et des priorités. Lorsque les populations réclament avant tout la sécurité, la justice, la libre circulation et des conditions de vie dignes, toute confrontation politique devrait être appréciée à l’aune de ses conséquences concrètes. Le risque serait de voir le discours au nom du peuple devenir un instrument de positionnement politique plutôt qu’un véritable levier de défense de l’intérêt général.

Sur le terrain, la réalité sécuritaire impose pourtant de la prudence. Les FARDC et l’armée ougandaise poursuivent leur coopération contre les ADF dans le cadre de l’opération Shujaa, tandis que les populations du Nord-Kivu restent confrontées aux conséquences de l’insécurité. Dans ce contexte, une crise institutionnelle supplémentaire ne peut être traitée comme une simple querelle de personnes. Si des griefs sont formulés contre le gouverneur militaire, ils doivent être documentés, vérifiés et confrontés aux faits. Fragiliser une chaîne de commandement sans établir clairement les responsabilités pourrait-il réellement améliorer la situation de ceux au nom desquels ces changements sont réclamés ?

La responsabilité du pouvoir central est, à cet égard, déterminante. Le président Félix-Antoine Tshisekedi, en tant que commandant suprême des FARDC, doit trouver un équilibre entre le droit à la critique politique et la nécessité de préserver l’efficacité de l’action publique dans une province en guerre. Si des manquements sont reprochés au gouverneur militaire, les institutions compétentes doivent pouvoir les examiner avec rigueur. Lorsque des faits sont susceptibles de relever de la justice, celle-ci doit pouvoir établir les responsabilités sur la base des preuves, plutôt que de laisser la confrontation politique devenir le principal mécanisme de sanction.

Une autre interrogation mérite d’être posée : jusqu’où peut aller la contestation interne au sein du parti au pouvoir sans créer une confusion entre débat partisan et fonctionnement de l’État ? L’UDPS peut légitimement exprimer des critiques, y compris à l’égard d’une autorité issue du même pouvoir. Mais lorsque la rivalité politique menace de se transformer en crise institutionnelle, l’intérêt général doit reprendre ses droits. Le Nord-Kivu n’a pas besoin d’un « populisme » répondant à un autre populisme. Il a besoin d’une évaluation fondée sur les résultats, la sécurité des citoyens, le droit et la responsabilité.

Une question demeure : qui défend réellement le peuple d’abord ? Celui qui réclame des changements au nom des citoyens ? Celui qui défend la stabilité des institutions ? Ou celui qui exige simplement que les responsabilités soient établies par les faits et par la justice ? Au Nord-Kivu, les citoyens sont probablement moins intéressés par celui qui parle le plus fort en leur nom que par celui qui parvient à faire fonctionner l’État. C’est peut-être là le véritable test du « peuple d’abord » : ne pas seulement parler au nom du peuple, mais placer sa sécurité, sa dignité et son avenir au-dessus des intérêts de chapelle.

Par PAUL ZAÏDI

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