RDC : dialogue national, Kinshasa veut privilégier la voix des citoyens à celle des armes

Views: 22

En République démocratique du Congo, le futur Dialogue national se prépare avec l’ambition affichée de rompre avec les pratiques des précédentes concertations politiques. Cette fois, l’objectif annoncé est de privilégier une démarche partant de la base, afin que les préoccupations des citoyens remontent jusqu’aux assises nationales prévues à Kinshasa.

Le principe mis en avant est celui de l’inclusivité. Religion, langue, appartenance ethnique, origine provinciale ou opinion politique ne devraient, en principe, constituer des motifs d’exclusion. Le Dialogue ne devrait donc pas se limiter aux formations politiques et aux acteurs institutionnels. Avant les assises nationales, une vaste consultation à travers le pays est envisagée pour recueillir les attentes de la population. Kinshasa serait ainsi appelée à consacrer les conclusions d’un processus déjà engagé sur le terrain.

Mais cette ouverture ne concernerait pas les groupes armés. Le pouvoir congolais maintient une ligne rouge : la force militaire ne doit pas devenir un moyen d’obtenir une reconnaissance politique. Les mouvements accusés de combattre l’ordre constitutionnel, d’occuper des territoires ou d’agir au service d’une puissance étrangère, notamment le Rwanda, ne devraient pas être considérés comme des composantes politiques du Dialogue. La question reste particulièrement sensible dans un pays où plusieurs processus de paix ont déjà intégré des mouvements armés dans les institutions.

Kinshasa dit vouloir tirer les leçons des expériences précédentes. Les dialogues organisés au cours des différentes crises congolaises ont souvent abouti à des arrangements entre responsables politiques et à une redistribution des postes. Mais ces compromis n’ont pas toujours permis de répondre durablement aux problèmes sécuritaires, institutionnels et sociaux à l’origine des crises. Le manque de mécanismes de suivi et de garanties pour l’application des accords est également présenté comme l’une des faiblesses des processus antérieurs.

Le défi du prochain Dialogue sera donc de transformer les principes annoncés en réalité. Une consultation véritablement nationale, une participation crédible des citoyens et des engagements assortis de mécanismes de suivi seront déterminants pour éviter un nouveau rendez-vous politique sans lendemain. Pour Kinshasa, l’enjeu est désormais de démontrer qu’un compromis peut être construit sans consacrer la victoire de celui qui porte les armes sur celui qui dispose du mandat populaire.

Par PAUL ZAÏDI

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *