RDC : Élie Vahumawa s’oppose au cannabis médical et appelle à la prudence au Nord-Kivu

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La décision des autorités congolaises d’encadrer la culture, la production et la commercialisation du cannabis à des fins médicales et industrielles suscite déjà des réserves au Nord-Kivu. Le député national Élie Kambale Musavuli Vahumawa, élu de Beni, s’oppose à cette orientation, qu’il juge peu adaptée aux réalités sécuritaires, sociales et économiques d’une province encore profondément fragilisée par les conflits. Pour l’élu, les priorités devraient davantage porter sur les infrastructures, l’agriculture, l’électrification, la formation professionnelle et l’entrepreneuriat.

Au-delà du débat sur les opportunités économiques d’une éventuelle filière, le parlementaire redoute les conséquences sécuritaires d’une production difficile à contrôler. Dans une région où les groupes armés et les réseaux clandestins continuent de peser sur certaines activités économiques, il estime qu’une partie de la production légalement autorisée pourrait alimenter les circuits illicites. Vahumawa demande ainsi aux autorités de mesurer les risques avant toute mise en œuvre et de privilégier, dans l’intervalle, des filières agricoles déjà intégrées à l’économie locale.

Le député place également la question de la santé publique au centre de ses objections. Il s’interroge sur les effets qu’une disponibilité accrue du cannabis pourrait avoir sur les jeunes, notamment dans un contexte marqué par le chômage et la faiblesse des mécanismes d’accompagnement social et sanitaire. Selon lui, l’autorisation d’une telle filière ne peut être dissociée d’un dispositif suffisamment robuste de contrôle, de prévention, de sensibilisation et de prise en charge.

Face à cette perspective, l’élu de Beni défend une autre stratégie de développement pour le Nord-Kivu. Il cite notamment le café, le cacao et le maïs, ainsi que la formation aux métiers techniques et le soutien à l’entrepreneuriat rural. Ces secteurs, estime-t-il, offrent davantage de garanties pour générer des revenus et des emplois tout en consolidant les économies locales. Son opposition pourrait désormais dépasser le cadre provincial : Vahumawa envisage de saisir l’Assemblée nationale afin d’obtenir du gouvernement des explications, notamment sur les éventuelles études d’impact sanitaire, économique et sécuritaire.

Derrière la controverse sur le cannabis médical se dessine ainsi un débat plus large sur les choix économiques de l’État dans une province en proie à l’insécurité et au chômage. Entre la perspective de créer une nouvelle filière génératrice de revenus et la crainte d’un détournement vers les réseaux clandestins, le gouvernement devra répondre aux interrogations soulevées par l’élu de Beni. Au Nord-Kivu, la question n’est donc plus seulement de savoir s’il faut légaliser et encadrer le cannabis médical, mais aussi de déterminer quelles garanties l’État peut offrir pour que cette politique ne produise pas davantage de risques que de bénéfices.

Par PAUL ZAÏDI

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