RDC : la communauté Yira demande un sursis au projet de culture du chanvre médical au Nord-Kivu

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La communauté Yira, également appelée Nande, demande au gouvernement congolais de suspendre tout projet de culture de chanvre à des fins médicales dans l’espace Beni-Lubero. Cette position intervient alors que des experts du ministère de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire sensibilisent sur les opportunités économiques que pourrait offrir cette filière. Dans un mémorandum adressé aux autorités, l’association culturelle Kyaghanda, Obughuma Bw’abaYIRA, estime que les conditions actuelles ne permettent pas encore d’envisager sereinement une telle initiative dans cette partie du Nord-Kivu.

Dans son document daté du 18 août et signé à Butembo par son président, Kasereka Vayikehya Jules, et son secrétaire général, Kambale Muhamba Maximin, l’organisation met notamment en avant le contexte sécuritaire de Beni-Lubero. La région reste marquée par des années de violences contre les populations civiles, la présence de groupes armés et la fragilité de l’autorité de l’État dans certaines zones. Pour les responsables communautaires, lancer une nouvelle filière agricole dans un environnement aussi instable nécessite donc, au préalable, des garanties suffisantes en matière de sécurité et de contrôle.

Le Kyaghanda reconnaît néanmoins le potentiel économique d’une production de cannabis strictement destinée à des usages médicaux. Mais l’association redoute que les mécanismes de contrôle ne soient pas suffisamment solides pour empêcher le détournement d’une partie de la production vers le marché illicite. Elle évoque également le risque d’une aggravation des problèmes liés à la consommation de stupéfiants chez les jeunes, dans une région déjà confrontée au chômage, au désœuvrement et à la circulation de boissons fortement alcoolisées.

Pour éviter ces risques, la communauté Yira demande notamment un sursis au projet jusqu’à l’amélioration de la situation sécuritaire. Elle réclame également une étude d’impact indépendante portant sur les aspects sanitaires, sociaux et environnementaux, ainsi qu’un dispositif rigoureux de traçabilité des semences et de contrôle de la production. Le Kyaghanda souhaite enfin l’ouverture d’un dialogue réunissant les autorités, la société civile, les professionnels de santé et les agriculteurs avant toute décision définitive.

Plutôt que de privilégier immédiatement le chanvre médical, l’association appelle donc l’État congolais à renforcer les filières agricoles déjà implantées dans la région. Le cacao, le café, le palmier à huile, l’élevage, les cultures vivrières et la pêche figurent parmi les secteurs cités comme prioritaires. Pour le Kyaghanda, leur développement pourrait contribuer à créer des emplois et à offrir davantage de perspectives à la jeunesse du Nord-Kivu, tout en participant à la stabilisation économique et sociale d’une région durement affectée par les violences.

Par PAUL ZAÏDI

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